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Méthodes d’échantillonnage

·11 mins·
Data Science
Sommaire

Quand on travaille avec des données, on se retrouve vite confronté à une réalité très simple : tout traiter n’est pas toujours possible, ni même souhaitable.

Avec l’essor du big data, les volumes ont explosé : millions, milliards de lignes, données hétérogènes, arrivées en continu… Même avec des outils de calcul distribué comme Spark, tout analyser de bout en bout peut devenir coûteux en temps, en ressources, et en complexité.

C’est dans ce contexte qu’intervient le data sampling, ou échantillonnage de données. L’idée est simple :

au lieu de travailler sur l’ensemble de la population, on travaille sur un sous‑ensemble représentatif.

Mais l’échantillonnage ne se limite pas au big data. On l’utilise aussi :

  • pour explorer un jeu de données avant d’aller plus loin,
  • pour tester des pipelines ou des modèles,
  • pour estimer la qualité du nettoyage de données,
  • ou encore parce que certaines analyses statistiques reposent, par nature, sur des échantillons.

Quand est‑ce qu’on utilise l’échantillonnage ?
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Avant de rentrer dans les méthodes, il est utile de clarifier les situations typiques où l’échantillonnage a du sens.

1. Exploration et compréhension des données
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Quand on découvre un nouveau jeu de données volumineux, on commence rarement par tout analyser.

Un échantillon permet de :

  • comprendre les variables,
  • repérer des valeurs aberrantes,
  • identifier des problèmes de qualité (valeurs manquantes, incohérences),
  • tester rapidement des hypothèses.

Ici, l’objectif n’est pas la précision absolue, mais la rapidité et l’intuition.

2. Nettoyage et préparation des données
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Nettoyer des données à grande échelle peut être long et coûteux.

Travailler sur un échantillon représentatif permet souvent de :

  • estimer la proportion de valeurs manquantes,
  • comprendre les types d’erreurs présentes,
  • concevoir des règles de nettoyage adaptées,
  • valider une stratégie avant de l’appliquer à toute la population.

On ne nettoie pas forcément tout sur l’échantillon, mais on apprend comment nettoyer.

3. Analyse statistique
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Beaucoup de méthodes statistiques sont historiquement conçues pour fonctionner sur des échantillons :

  • estimation de paramètres,
  • tests statistiques,
  • intervalles de confiance.

Même aujourd’hui, analyser toute la population n’est pas toujours nécessaire : un bon échantillon suffit souvent pour obtenir des résultats fiables.

4. Data engineering et exploitation des données
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L’échantillonnage n’est pas réservé à l’analyse ou au machine learning. Il est aussi largement utilisé en data engineering, notamment pour :

  • tester des pipelines de données,
  • déboguer des transformations,
  • maîtriser les volumes dans des systèmes distribués.

Dans ce contexte, on n’échantillonne pas pour estimer un phénomène, mais pour :

  • itérer plus rapidement,
  • garantir la reproductibilité des traitements,
  • faire fonctionner les systèmes de données de manière fiable.

5. Performance et contraintes techniques
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Même avec Spark ou d’autres frameworks distribués, il reste des contraintes :

  • coûts d’infrastructure,
  • temps de calcul,
  • complexité des pipelines.

Dans ces cas‑là, l’échantillonnage est un outil d’optimisation, pas un aveu de faiblesse.


Échantillon ou population complète : est‑ce encore pertinent à l’ère du big data ?
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On pourrait se dire : « Pourquoi échantillonner alors qu’on peut tout calculer ? »

En pratique :

  • tout calculer est parfois possible, mais pas toujours utile,
  • certaines analyses gagnent peu à passer de 1 million à 1 milliard d’observations,
  • l’exploration, le prototypage et la validation bénéficient énormément d’échantillons.

Le data sampling n’est donc pas opposé au big data. Il en est souvent un complément naturel.


Les méthodes d’échantillonnage : deux familles
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En pratique, le data sampling repose sur deux grandes familles de méthodes. La différence ne vient pas vraiment de la façon dont on sélectionne les données, mais plutôt de ce que ces méthodes permettent d’interpréter et de conclure ensuite.

Les méthodes probabilistes : estimer et généraliser
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Elles reposent sur un mécanisme de sélection aléatoire (au sens statistique), ce qui signifie que chaque observation a une probabilité connue (ou au moins contrôlée) d’être incluse dans l’échantillon. Cette propriété est essentielle dès qu’on cherche à estimer, à quantifier l’incertitude, ou à généraliser des résultats à l’ensemble de la population.

On privilégie les méthodes probabilistes dès que l’on souhaite tirer des conclusions qui dépassent le simple échantillon. Elles sont très présentes en statistique, mais aussi en machine learning et en analyse de données à grande échelle, dès lors que la représentativité est un enjeu.

  • L’échantillonnage aléatoire simple
    C’est la forme la plus intuitive de l’échantillonnage. On sélectionne des observations au hasard, en donnant à chacune la même probabilité d’être tirée. En pratique, on prélève simplement un sous-ensemble de lignes de manière aléatoire dans le jeu de données.

    Cette méthode fonctionne bien lorsque les données sont relativement homogènes. Elle est souvent utilisée pour une première analyse globale ou pour obtenir rapidement un aperçu représentatif. Sa simplicité est un atout, mais elle montre vite ses limites dès que certains sous-groupes sont rares ou très spécifiques : ceux-ci risquent d’être sous-représentés, voire absents de l’échantillon.

  • L’échantillonnage systématique
    L’échantillonnage systématique consiste à sélectionner une observation toutes les k lignes, par exemple une ligne sur cent. Cette approche est simple à mettre en œuvre et permet de contrôler facilement la taille de l’échantillon.

    Elle est particulièrement pratique lorsque les données sont bien mélangées et qu’on souhaite construire rapidement un échantillon dans un pipeline de traitement. En revanche, si les données suivent une structure périodique (par exemple des cycles temporels ou des motifs récurrents), cette méthode peut introduire un biais sans qu’on s’en rende compte.

  • L’échantillonnage stratifié
    Avec l’échantillonnage stratifié, on commence par découper la population en sous-groupes homogènes, appelés strates — par exemple des catégories de clients, des régions ou des classes de labels. On réalise ensuite un échantillonnage au sein de chaque strate.

    Cette approche est particulièrement pertinente lorsque certains sous-groupes sont minoritaires mais essentiels à l’analyse. Elle permet de garantir que chaque catégorie importante est correctement représentée dans l’échantillon. En pratique, elle offre souvent une meilleure précision que l’échantillonnage aléatoire simple, pour une taille d’échantillon équivalente.

  • L’échantillonnage par grappes
    L’échantillonnage par grappes repose sur une logique différente. Au lieu de tirer des observations individuelles, on sélectionne des groupes entiers, puis on analyse toutes les observations appartenant à ces groupes.

    Cette méthode est souvent utilisée lorsque les données sont naturellement organisées en ensembles cohérents, ou lorsque l’accès à toute la population est coûteux. Elle permet de réduire les coûts de collecte ou de traitement, mais au prix d’une variance potentiellement plus élevée si les grappes sont très différentes les unes des autres.

  • Focus : le hash sampling
    Le hash sampling est une méthode très utilisée dans les environnements big data. Elle consiste à appliquer une fonction de hachage à une clé (comme un identifiant client ou utilisateur), puis à sélectionner les observations dont la valeur de hash vérifie une condition donnée.

    D’un point de vue statistique, cette approche s’apparente à un échantillonnage aléatoire : si la fonction de hash est bien distribuée, chaque observation a une probabilité connue d’être sélectionnée. Sa grande force réside dans son caractère déterministe et reproductible. Le même jeu de données produira toujours le même échantillon, ce qui est particulièrement précieux dans des pipelines distribués, avec des outils comme Spark.


Les méthodes non probabilistes : explorer et comprendre
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Les méthodes non probabilistes regroupent des approches pour lesquelles la probabilité de sélection des observations n’est pas connue. Elles ne cherchent donc pas à garantir une représentativité statistique au sens strict. Leur intérêt se situe ailleurs : aller vite, comprendre les données et orienter le travail à venir.

Ces méthodes sont très utilisées dans les phases amont d’un projet data, lorsqu’on explore un nouveau jeu de données, qu’on conçoit des règles de nettoyage ou qu’on cherche à identifier des cas intéressants. Elles sont aussi fréquentes lorsque des contraintes métier ou techniques priment sur la rigueur statistique.

  • L’échantillonnage par convenance
    On travaille alors sur les données les plus facilement accessibles : les premières lignes d’un fichier, un sous-ensemble déjà extrait, ou encore les données les plus récentes. Ce type d’échantillon est rarement représentatif, mais il permet d’obtenir rapidement une première compréhension.

  • L’échantillonnage par quotas
    On impose manuellement certaines proportions dans l’échantillon. Par exemple, on peut décider d’avoir autant de clients actifs qu’inactifs, ou de représenter chaque catégorie métier, même si ces proportions ne reflètent pas exactement la réalité. Cette approche est fréquente lorsqu’on veut s’assurer que tous les cas importants sont présents pour l’analyse.

  • L’échantillonnage ciblé
    Il consiste à sélectionner volontairement certains types d’observations jugées pertinentes : anomalies, incidents, cas limites, ou situations rares. Cette méthode est très utilisée pour le débogage, l’audit de données ou la compréhension de comportements atypiques.

Ces approches ne permettent pas de généraliser formellement les résultats à l’ensemble de la population. En revanche, elles sont extrêmement efficaces pour apprendre, explorer et poser les bonnes questions.


Quelle taille d’échantillon choisir ?
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Contrairement à une idée répandue, la taille de l’échantillon dépend beaucoup plus de ce qu’on cherche à mesurer que de la taille totale de la population.

Pour les méthodes probabilistes, la taille de l’échantillon dépend surtout de la variabilité des données, du niveau de précision souhaité et du degré de confiance attendu.

À titre purement indicatif, on rencontre souvent les ordres de grandeur suivants :

Taille de la populationTaille d’échantillon courante
1 000200 à 300
100 0001 000 à 2 000
Plusieurs millions1 000 à quelques milliers

Dans les projets data, le raisonnement est souvent encore plus pragmatique :

  • Pour l’exploration ou le nettoyage, quelques milliers de lignes permettent déjà d’identifier la majorité des problèmes.
  • Pour l’analyse descriptive, on cherche surtout la stabilité des indicateurs.
  • Et en big data, la taille de l’échantillon est aussi guidée par les contraintes de temps de calcul et de coût d’infrastructure.

Quelques outils en Python
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pandas
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Avec pandas, l’échantillonnage aléatoire est particulièrement simple. La méthode sample permet de tirer un nombre donné de lignes ou une fraction du jeu de données, tout en assurant la reproductibilité via une graine (seed) aléatoire. Cette approche est largement utilisée pour l’exploration, le prototypage et la préparation des données.

# 1) Tirer exactement 1 000 lignes aléatoires (reproductible)
df_sample = df.sample(n=1000, random_state=42)

# 2) Tirer 10 % des lignes (reproductible)
df_sample_frac = df.sample(frac=0.10, random_state=42)

scikit-learn (cas ML)
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En machine learning, scikit-learn propose des mécanismes d’échantillonnage, notamment via la séparation des jeux d’entraînement et de test. Le support de l’échantillonnage stratifié est particulièrement utile lorsque certaines classes sont déséquilibrées et doivent être préservées dans les sous-ensembles.

from sklearn.model_selection import train_test_split

# Conserver la proportion des classes de y (stratification)
X_train, X_test, y_train, y_test = train_test_split(
    X, y,
    test_size=0.2,
    random_state=42,
    stratify=y,
)

Spark (PySpark)
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Dans les environnements big data, les frameworks distribués comme Spark intègrent nativement des fonctions d’échantillonnage. On y retrouve l’échantillonnage aléatoire simple, le stratifié, ainsi que des approches basées sur des clés, très proches du hash sampling. Ces outils permettent de travailler à grande échelle tout en conservant des échantillons reproductibles.

# Échantillonnage aléatoire simple : ici 5 % des lignes
sample_df = df_spark.sample(withReplacement=False, fraction=0.05, seed=42)

# Échantillonnage stratifié : fractions par modalité (ex. colonne "label")
fractions = {0: 0.10, 1: 0.10}  # 10 % de chaque classe
strat_df = df_spark.sampleBy("label", fractions=fractions, seed=42)

Échantillonnage en pratique côté data engineering
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L’échantillonnage est souvent associé à l’analyse statistique ou au machine learning. Pourtant, il joue aussi un rôle central en data engineering. Ici, l’objectif n’est pas tant d’estimer un phénomène que de maîtriser les volumes, tester des pipelines, garantir la reproductibilité et respecter des contraintes de performance.

Dans les environnements big data, certaines méthodes d’échantillonnage sont avant tout motivées par des contraintes techniques : calcul distribué, streaming, coûts d’infrastructure ou stabilité des traitements. Elles prolongent les méthodes statistiques classiques, mais avec une logique plus orientée architecture.

  • Hash sampling (échantillonnage par clé)
    Le hash sampling consiste à appliquer une fonction de hachage à une clé stable (par exemple un identifiant utilisateur), puis à sélectionner les observations dont la valeur de hash vérifie une condition simple, comme un modulo.
    Cette approche présente un avantage majeur : l’échantillon est déterministe et stable dans le temps. À données égales, on obtient toujours le même sous-ensemble, ce qui est particulièrement utile pour les pipelines distribués, les audits ou les expérimentations répétées.

    from pyspark.sql import functions as F
    
    # Garder environ 10 % des utilisateurs, de manière stable dans le temps
    hash_df = df_spark.where(
        F.pmod(F.hash(F.col("user_id")), F.lit(100)) < 10
    )
    
  • Reservoir sampling (données en flux)
    Le reservoir sampling est une technique adaptée aux flux de données ou aux situations où la taille finale du jeu de données est inconnue. L’idée est de maintenir un échantillon de taille fixe, mis à jour au fil de l’arrivée des nouvelles observations.
    Cette méthode est couramment utilisée en streaming ou pour l’analyse continue d’événements, lorsque stocker ou parcourir l’ensemble des données n’est pas envisageable.

  • Échantillonnage basé sur le temps
    Dans certains contextes, notamment pour l’analyse de logs ou de séries d’événements, on raisonne davantage en termes de fenêtres temporelles qu’en termes d’individus. On peut alors échantillonner par période (par exemple une heure par jour, ou quelques jours par mois).
    Ces approches ne visent pas toujours une représentativité statistique parfaite, mais permettent de réduire fortement les volumes tout en conservant une structure temporelle exploitable.

Une logique avant tout opérationnelle
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Ces méthodes illustrent une idée clé : dans les systèmes data à grande échelle, l’échantillonnage n’est pas seulement un outil statistique. C’est aussi un choix d’architecture, guidé par des contraintes de performance, de reproductibilité et de simplicité de mise en œuvre.


Et en pratique, comment choisir ?
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Il n’existe pas de méthode universelle. Le choix dépend presque toujours du contexte et de la question qu’on cherche à résoudre.

En pratique, on se demande surtout si l’on cherche à estimer précisément un phénomène ou simplement à en comprendre les grandes lignes, si certains sous-groupes sont critiques, et quelles sont les contraintes techniques ou organisationnelles. Le bon échantillon est rarement parfait, mais il est surtout adapté à l’objectif poursuivi.

Thibault CLEMENT - Intechnia
Auteur
Thibault CLEMENT - Intechnia
Data scientist